Le Débarquement : 6 juin 1944


Conseil général de la Manche, archives dép.,13Num0406
Le Débarquement est souhaité et espéré avec hâte. Après celui en Afrique du Nord puis en Italie, on l’attend partout sur le territoire métropolitain français et notamment dans le Pas-de-Calais suite au succès de l’opération d’intoxication Fortitude. Mais c’est en Normandie qu’auront lieu les opérations
Neptune (plan de débarquement en Normandie) et Overlord (plan de libération de l’Europe).
Les bombardements pourtant annonciateurs effectués dans la région les mois précédents, n’ont pas alerté outre  mesure les Manchois sur le fait que leur sol pouvait être le théâtre du plus grand débarquement de l’histoire militaire.
Photo : Conseil général de la Manche, archives dép.,13Num0406

Durant la nuit du 5 au 6 juin, 2 000 bombardiers environ déversent près de 8 000 tonnes d’engins explosifs sur les batteries d’artillerie allemandes de la zone d’assaut. L’histoire du Jour J est avant tout celle de soldats alliés, parachutés au milieu de nulle part, devant défendre des lieux jusque-là ignorés d’eux, dans une configuration de terrain tout à fait défavorable. Les troupes aéroportées tentent de s’assurer du contrôle d’une série de lieux stratégiques, aux deux extrémités de la zone de débarquement.

À l’est, les Britanniques réussissent leur coup de main sur les ponts de l’Orne et de son canal, entre Caen et la mer. À l’ouest, en dépit d’un largage rendu difficile sur le Cotentin de la 101e et de la 82e Airborne, les Américains s’emparent du bourg de Sainte-Mère-Église et des sorties de la plage d’Utah Beach. Ce largage avait pour objectif d’établir des points d’appui, protéger la zone de débarquement et couper la route vers Cherbourg, empêchant les Allemands d’envoyer des renforts vers ce qui était l’un des premiers objectifs des Alliés.

5 secteurs de débarquement avaient été définis :
Utah et Omaha, situés de part et d’autre de l’estuaire de la Vire, dans la baie des Veys, et trois secteurs baptisés Gold, Juno et Sword, qui s’étendent d’Arromanches à Ouistreham. Pas moins de 4 000 péniches de débarquement, accompagnées par 700 navires d’escorte, vont déverser sur les plages, puis dans les ports artificiels créés en un temps record, des troupes anglaises, canadiennes et américaines. Celles-ci prennent pied sur le sol normand et s’y maintiennent, malgré la riposte vigoureuse allemande. La Libération de tout le département de la Manche est entamée au prix de lourds sacrifices.



La Bataille du Cotentin : 7 juin au 30 juin 1944


Cherbourg et son port en eau profonde est la priorité. Pour contrecarrer la résistance allemande, les
troupes américaines isolent la presqu’île du Cotentin. Elles foncent donc dans un premier temps en suivant une ligne Sainte-Marie-du-Mont/Saint-Sauveur-le-Vicomte/Barneville-Carteret. Cet objectif est atteint le 18 juin.
L’avancée des troupes se fait progressivement vers le Nord, à grand renfort de bombardements aériens.
Les troupes allemandes bloquent pour un temps les GI’s devant Montebourg mais la ville est libérée le 19 juin ainsi que Valognes, libérée le même jour. Suite aux assauts conjugués des troupes au sol et de l’artillerie navale, la ville de Cherbourg est libérée le 27 juin et le Cotentin en totalité à partir du 30 juin.

Conseil général de la Manche, archives dép.,13Num0269
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La « guerre des haies » : 3 juillet au 25 juillet 1944



Conseil général de la Manche, archives dép.,13Num0248
Après la prise de Cherbourg le 26 juin, Bradley ramène début juillet l’essentiel de ses soldats en direction de Saint-Lô pour une offensive généralisée. Commence alors la terrible « bataille des haies ». Les affrontements sont particulièrement éprouvants et coûteux en vies : un homme tombe pour chaque mètre de terrain libéré. Dans ce bocage, fait d’une marqueterie de petits champs clos, chaque haie, si semblable à sa voisine, offre un formidable retranchement naturel pour le défenseur ; elle est à contrario, une position très difficile à emporter pour l’assaillant souvent désorienté.

Quand la pression devient trop forte, les Allemands reculent, emmenant leurs pièces d’artillerie et, deux ou trois champs plus loin, montent une nouvelle ligne de défense. Pendant cette période, l’avance journalière n’est plus comptée en kilomètres mais en nombre de champs. Les Américains de la 9e division ont parlé de « l’enfer des haies », évoquant la lente progression d’une pièce de terre à l’autre, aux hasards meurtriers d’une lutte aveugle.
Photo : Conseil général de la Manche, archives dép.,13Num0248

Conseil général de la Manche, archives dép.,13Num0218
Un combat est nécessaire pour chaque parcelle.
Lutte déprimante que celle où l’on ignore qui se trouve devant soi, où l’on cherche en vain à deviner si le champ voisin, si la prochaine haie, est à ses amis ou à ses ennemis. La-Haye-du-Puits est libérée le 8 juillet. À partir du 14 juillet, les divisions allemandes semblent être en difficulté, mais bien vite, les soldats américains se retrouvent englués dans le bocage. Le Général Bradley décide alors de concentrer ses efforts sur Saint-Lô, libérée le 18 juillet et complètement quelques jours plus tard.




Conseil général de la Manche, archives dép.,13Num0218


L’Opération « Cobra » : 25 juillet au 31 juillet 1944




• • • L’opération Cobra est la troisième phase de la bataille pour la libération de la Manche, ainsi baptisée par son concepteur, le général Bradley, visant l’encerclement des troupes allemandes et donc leur étouffement progressif. Le but en est la libération du sud-ouest de la Manche pour ouvrir le chemin vers la Bretagne.
L’opération débute par de très importants bombardements sur un front de neuf kilomètres de long et deux kilomètres de large, situé le long de la route Saint-Lô – Périers et centré sur la commune de la Chapelle-Enjuger.
Photo : Conseil général de la Manche, archives dép.,13Num0090




Après cette intense préparation d’artillerie, 3 000 bombardiers et 600 chars d’assaut américains entrent en action, pulvérisant la Panzer Lehr du Général Bayerlein et permettant ainsi une rapide percée vers Coutances et Granville. Lessay et Coutances sont libérées le 28 juillet et Avranches deux jours plus tard.

Les soldats allemands se retrouvent bloqués dans la poche de Roncey. Le 30 juillet, les troupes américaines capturent environ 5 000 hommes ainsi que du matériel et des véhicules. Au Sud-Est la progression est moins rapide car les troupes allemandes défendent avec acharnement leurs positions dans les communes de la région de Torigni-sur-Vire, Tessy-sur-Vire, Percy et Villedieu-les-Poêles jusqu’au 2 août.

Début août, le commandement allemand envisage une contre-attaque pour reprendre Avranches. Cette opération « Lüttich », doit être réalisée par les divisions blindées allemandes qui ont pour ordre d’enfoncer les lignes américaines aussi loin qu’il leur est possible. Dans la nuit du 6 au 7 août les blindés allemands se mettent en marche et profitent du brouillard pour reprendre du terrain et notamment la ville de Mortain qui avait été libérée le 4 août. Les troupes américaines au sol étant débordées par les blindés allemands, le général Bradley appelle l’aviation alliée en renfort qui pilonne les colonnes de chars allemands sans relâche. Ce laps de temps est utilisé par les troupes au sol qui peuvent ainsi reprendre du terrain et libérer une nouvelle fois les communes du sud-Manche. La bataille de Mortain prend fin le 12 août et il faut deux jours supplémentaires aux troupes alliées pour libérer la totalité du département.



Le Lourd bilan de la Libération pour la Manche



Conseil général de la Manche, archives dép.,13Num0112
Les sacrifices en vies humaines chez les Alliés sont à la mesure de l’immense générosité mise en oeuvre pour rétablir les valeurs de paix, de liberté, de tolérance et de démocratie en Europe.
Mais la Manche a aussi ses plaies à cicatriser : 3 295 victimes civiles ont été répertoriées entre le 6 juin et le 14 août 1944.

À l’automne 1944, parmi les nombreux habitants qui rentrent d’exode, émerge ce sentiment ambigu que la Libération salvatrice a aussi fait d’eux des déshérités. On pleure les morts, on relève les blessés, on chiffre les pertes immenses. La vision du quotidien est devenue celle de maisons trouées et branlantes au cœur d’un hallucinant chaos de ruines, celle de routes et de champs défoncés.
Photo :Conseil général de la Manche, archives dép.,13Num0112

Saint-Lô
, détruit à plus de 95 % est portée au rang de « Capitale des ruines ». Ils seront nombreux dans ces heures d’infortune, à se voir contraints de faire appel à la générosité de parents, d’amis, à la charité d’inconnus que le sort a épargnés.

Reconstruire, certes. Mais les matériaux manquent et à l’approche de l’hiver, le problème du logement
immédiat se pose de façon urgente. Il faut donc commencer par songer aux mesures provisoires. Que l’on
soit un particulier ou une collectivité, chacun entame alors une véritable course au financement et aux
aides, se retrouvant bien souvent égaré dans le dédale d’une administration française, elle aussi en pleine réorganisation. La Reconstruction, tâche immense, commence.